Biographie de Jean Paul LEMIEUX

Jean-Paul Lemieux, autoportrait, détail, 1974

 

BIOGRAPHIE

L’œuvre  de Jean-Paul Lemieux se découpe en trois périodes : la période naïve ou primitive (dans les années 1940), la période dite classique – la plus connue (du début des années 1950 jusqu’à la fin des années 1970)-, l’expressionisme ou la période tardive (de la fin des années 1970 jusqu’à son décès en 1990). S’il existe des approches distinctes dans son œuvre entier, Lemieux conservera néanmoins tout au long de sa vie le même « esprit » pictural, d’autant que sous les différents thèmes qu’il aborde dans sa peinture, ce qui le préoccupe comme homme et comme peintre – le temps qui passe -, demeure sous jacent et vient toujours teinter l’essence intime de sa peinture dans chacune de ses manifestations et périodes.

Surtout il faut absolument considérer (l’immense) importance de Madeleine Des Rosiers (devenue Madeleine Lemieux) dans le cheminement pictural de Jean-Paul Lemieux et dans la gestion de sa carrière. Elle-même peintre (ils se sont rencontrés  à l’École des beaux-arts de Montréal et se sont mariés le 12 juin 1937), Madeleine Des Rosiers a (rapidement) abandonné ses aspirations artistiques pour se consacrer toute entière à la carrière de son mari. Parallèlement, elle a coécrit un livre et organisé des ateliers d’art pour les enfants à la maison familiale au cours des années 1950. Véritable complice, son influence sur l’œuvre de Jean-Paul Lemieux a été beaucoup plus sensible qu’on ne le considère généralement. Son apport est loin d’être limité à la seule diffusion des œuvres de son mari. Elle a été une muse et une conseillère inestimable qui a su, à sa manière, apporter une réelle contribution à l’esprit même de l’œuvre.

 

SUJETS / THÈMES

Lemieux a beaucoup puisé dans l’histoire, la grande comme la petite, celle de la société québécoise comme la sienne propre. Dans le contexte de l’époque (avant et après la Révolution tranquille), où la société québécoise vivait une profonde remise en question, cette période ponctuée de changements fondamentaux a paradoxalement aussi provoqué et stimulé la recherche de racines et favorisé un sentiment d’appartenance avec l’art de Lemieux. À travers le regard du peintre, une société entière se reconnaissait et redécouvrait ses origines, voire ses propres sentiments face à sa nature propre et à son environnement dont elle avait peut-être (un peu) perdu la trace. Renaissait aussi un sentiment de fierté longtemps occulté que la peinture de Jean-Paul Lemieux, avec son regard poétique porté sur la rigueur de notre climat et la rudesse de la vie d’alors, a certes contribué à raviver. En s’inspirant des grands auteurs québécois tels que Gabrielle Roy, Émile Nelligan, Louis Hémon (et d’autres), sa peinture a mis une image sur ce qui jusque-là n’en avait pas. Il a nourri l’imaginaire des Québécois.

Puis, (et peut-être surtout), il y a le temps (dans son sens général et singulier). Le temps qui passe, que l’on attend, qui nous effraie aussi. L’œuvre de Lemieux est étroitement lié au temps. Sous-jacent aux thèmes, il en ponctuera ses tableaux. Et plusieurs d’entre nous reconnaîtrons nos propres interrogations, intimes comme collectives, dans son univers poétique et pictural. Le temps dans la peinture de Lemieux s’exprime de plusieurs façons, par les mailles de l’histoire de la société québécoise. Le temps s’inscrit aussi dans son œuvre par les mailles de sa propre histoire.

La peinture de Jean-Paul Lemieux, c’est aussi (et peut-être surtout) le temps suspendu. L’espace intérieur où le temps n’a pas de prise. C’est le questionnement sur le sens à donner à notre quête commune, celle de la vie, de notre vie, de notre fragilité devant les éléments et notre environnement. C’est le regard fixé sur notre éphémère condition, le tout placé sur la toile par des compositions épurées et néanmoins audacieuses et où la ligne d’horizon donne le rythme à l’ensemble par son désaxement. Cela donne un regard de peintre sur notre quête commune à trouver le sens des choses à travers les mystères de l’existence. Plusieurs de ses tableaux réclament ce temps d’arrêt, le silence nécessaire à ce regard introspectif où, comme spectateur, on ne sait trop de quel côté va basculer la narration. L’œuvre de Lemieux est aussi particulièrement riche de cet esprit à la frontière entre le temps suspendu et la peur du temps qui fuit, voire de l’angoisse face au vide. Lemieux regarde la mort avec humour et ironie. D’ailleurs la dernière période de l’artiste puise abondamment dans cette direction. Lui qui à la fin de sa vie avait beaucoup perdu en vélocité avait cependant beaucoup gagné en émotion. La facture des œuvres de cette période est nettement expressionniste et évoque des émotions parfois extrêmes.

 

TECHNIQUE

Lemieux utilise une composition simple et néanmoins efficace qui laisse un champ d’interprétation magnifique de complexités et de possibles. Au-delà de la dimension narrative, n’oublions (surtout) pas la (grande) qualité du traitement pictural. L’œuvre est réfléchie, dense, tout est à sa place, aucun artifice.

 

EXPOSITION

“Jean-Paul Lemieux. Exposition retrospective. Oeuvres de 1956 à 1979” du 12 au 26 septembre 2009, Galerie Valentin

 

D’après le texte de Robert Bernier pour la Galerie Valentin




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