Biographie de André BIéLER

André Biéler, photographie de Sidney Carter

 

BIOGRAPHIE

André Biéler est né à Lausanne en 1896. En 1898, la famille s’installe à Paris avant de gagner Montréal à la fin de la décennie suivante. À partir de 1913, André entame une formation de dessinateur à l’Institut technique de Montréal. Deux ans plus tard, il est volontaire dans les Forces armées canadiennes et part bientôt pour l’Europe. Atteint lors d’une attaque au gaz moutarde dont il gardera des séquelles permanentes, il est affecté au service topographique de l’armée. C’est là qu’il fait la connaissance de quelques artistes travaillant au sein de cette section – dont Maurice Cullen et Fred Varley - qui semblent avoir nourri son goût pour la peinture.

Revenu sur le continent nord-américain, Biéler entame une formation artistique qui le mène en Floride (Stetson University), à Woodstock, New York (Art’s Students’ League), puis à Paris où il fréquente les cours de Paul Sérusier et de Maurice Denis. Lors d’un séjour en Suisse, il assiste son oncle, le peintre Ernest Biéler, à la réalisation de murales. Le style Art nouveau de cet artiste régionaliste a une influence certaine sur le jeune André.

De retour à Montréal à l’automne 1926, Biéler s’installe l’année suivante à l’île d’Orléans. Là, il se passionne pour la vie rustique des paysans Canadiens français dont il dessine et peint les activités quotidiennes. Aux nombreux dessins qu’il réalise à cette époque en sillonnant Charlevoix et la Gaspésie, se greffent bientôt des gravures sur bois, de facture expressive et énergique, qu’il rehausse de gouache appliquée à l’aide de pochoirs. Cette technique primitiviste, dont il est ici le pionnier, lui permet de combiner la force et le dynamisme de la ligne gravée à l’expressivité chromatique, dans un style personnel. À mi-chemin entre régionalisme et modernisme, ce style trace lentement sa voie au contact de ce terroir célébré par les Gagnon, Fortin et autres Duguay.

Entre 1930 et 1936, il vit à Montréal – rue Sainte-Famille, puis sur la côte du Beaver Hall -  où il expose régulièrement. En 1931, il épouse Jeannette Meunier. Puis, la famille s’installe à Kingston (Ontario); André enseigne à l’université Queen’s jusqu’en 1963. C’est là qu’il s’éteint en 1989.

Si la plupart des historiens de l’art l’ont rapidement rangé parmi les artistes régionalistes des années 1930, qualifiant son art de traditionaliste nostalgique, Biéler serait plutôt un “régionaliste moderniste”, pour reprendre le mot de David Karel. Cette apparente antinomie entre un style moderne et une iconographie traditionnelle a longtemps eu pour effet de minimiser, aux yeux des spécialistes, l’apport de Biéler au développement de la modernité québécoise, trop souvent exclusivement associée au Refus Global et à l’Automatisme. Si Borduas et ses émules consomment ce passage en coupant définitivement avec un passé teinté de religiosité et de ruralité, il n’en reste pas moins que certains artistes de la Belle Province, dès la fin des années 1920, avaient ouvert la voie à un art où une certaine modernité – toute relative, certes - creusait lentement son sillon. Ainsi dans l’entre- deux-guerres, entre le Groupe des Sept (modernité canadienne) et l’Automatisme (modernité québécoise), se dessine la présence, au Québec, “d’une continuité moderniste”; favorisant les thèmes régionalistes, les artistes de ce courant n’en poursuivent pas moins une recherche formelle issue du modernisme qu’ils ont pour la plupart connu lors de séjours en Europe. Cette frilosité des historiens dans l’appréciation de l’art de Biéler n’est peut-être pas étrangère au fait qu’à partir de 1936, ce dernier s’installe en Ontario, où il sera très actif au sein d’institutions canadiennes. Cette singularité tend à le positionner en dehors du giron des artistes “Canadiens français pure laine”, malgré sa francité et ses contacts renouvelés avec les artistes, notamment lors de nombreux séjours dans les Laurentides où il passe la plupart de ses étés durant les années 1930.

À cette quête esthétique se greffe, chez Biéler, une réelle pensée sur le statut et le rôle de l’artiste. Durant la Seconde Guerre mondiale, il organise la première rencontre des artistes canadiens, qui questionne le rôle de l’art dans un pays qui cheche à définir sa spécificité en marge de la couronne britannique. En 1941, il devient le premier président de la Fédération des artistes canadiens. Encouragés par le gouvernement fédéral, ils sont nombreux à souligner l’effort de guerre des Canadiens par des thématiques engagées. Biéler participe de ce mouvement en réalisant plusieurs oeuvres sur le thème de la guerre et en publiant des articles à propos de l’engagement social de l’artiste dans le monde contemporain.

 

SUJETS / THÈMES

Tout au long de sa carrière, Biéler conjugue la nécessité de s’inscrire en continuité avec les valeurs du passé - en cela, les thèmes qu’il choisit le rattachent à une série de courants de la seconde moitié du XIXe siècle qui va des réalistes aux impressionnistes – et le besoin de renouveller celles-ci par une esthétique moderniste. Attaché à cet héritage, il est néanmoins résolument tourné vers le présent dont son oeuvre témoigne avec force et vitalité. Ici, on note l’influence du Arts & Craft ; là, celle des régionalismes européens de la fin du XIXe siècle qu’il a vraisemblablement découverts au contact de son oncle et lors de voyages en Europe ; là encore, on observe des parentés avec certains courants du début du XXe siècle, notamment le réalisme social américain.

 

EXPOSITIONS/BIBLIOGRAPHIE

L’apport de Biéler à l’histoire de l’art québécois et canadien a depuis quelques années fait l’objet de recherches et de publications qui ont permis de mieux en mesurer la portée. La réédition, en 2006, de la monographie de Frances K. Smith, considérablement remaniée et revue sous la supervision de Philippe Baylaucq, est le point d’orgue de ce renouveau d’intérêt pour l’oeuvre du peintre-graveur. Au nombre des publications récentes, il faut mentionner l’essai de David Karel et l’exposition consacrée à l’oeuvre gravé et dessiné de Biéler, préparée et mise en circulation par le Musée National des beaux-arts du Québec en 2003.

L’exposition de 2012 de la Galerie Valentin propose 33 oeuvres de Biéler et offre un beau panorama de sa carrière. Ses années les plus fertiles et les plus marquantes – du milieu des années 1920 à la fin des années 1940 – y sont particulièrement bien représentées avec des dessins, des estampes et des tableaux aux thèmes et aux styles diversifiés.

 

Texte de Marie-Claude Mirandette pour la Galerie Valentin




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